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Theme: Education for peace from the masonic point of view
Metin Ansen En guise d'entrée en matière concernant ce sujet, je me permettrais de vous faire part de deux expériences personnelles, vécues avec une année d'intervalle, la dernière remontant à il y deux mois à peine. Comme certains d'entre vous connaissent déjà, le peuple arménien et le peuple turc occupent les médias internationaux par un différend qui les oppose, remontant au commencement du siècle passé, événement que certains appellent " génocide ", d'autres " déportation ", ou " événements malheureux " et qui empoisonne les relations entre les deux peuples, chacun d'eux accusant réciproquement l'autre. Etant personnellement convaincu que chaque pays a dans son passé des pages d'histoire douloureuses qui laissent des marques pour le futur, mais croyant également en la capacité d'œuvrer de l'Art Royal pour établir des relations fraternelles entre les êtres humains, je ne fuis aucune occasion qui peut concrétiser cet objectif de la franc-maçonnerie. Je les cherche même. C'est ainsi que je me trouvais au mois de mars de l'année passée, à l'invitation de mes frères libanais, pour plancher dans une loge de l'obédience " La Grande Loge des Cèdres " à l'Orient de Beyrouth. Mes frères du pays des cèdres qui avaient organisé cette rencontre m'avaient informé auparavant que la loge comptait un nombre important de frères arméniens originaires de Turquie, et que je devais m'attendre à des réactions éventuelles plutôt hostiles à la fin de la tenue. Ma planche a reçu un très bon accueil. Cependant, j'étais inquiet, m'attendant à des paroles désobligeantes pour clore la soirée. En effet, ce que je craignais est arrivé, le frère libanais qui était assis à côté de moi à l'Orient a demandé la parole pour annoncer aux colonnes qu'il était un arménien dont les grands-parents venaient de Turquie. Face aux événements survenus entre les deux peuples, ce frère annonçait qu'il avait toujours refusé d'établir des relations personnelles avec des turcs. Je commençais à avoir des sueurs froides. C'est alors que ce frère s'est tourné vers moi et m'a annoncé vivement : " Cependant mon frère, grâce à la maçonnerie, j'ai réalisé que toi et moi nous étions des frères, que notre métier de constructeur de Temple Universel pour l'humanité nous rapproche, je me sens proche de toi, et je veux t'embrasser ici même, devant les colonnes pour sceller cette fraternité. " Vous pouvez imaginer, mes frères et sœurs, que j'avais des larmes chaudes aux yeux. Je me suis levé, et devant l'assistance qui était tout aussi émue que nous deux, nous nous sommes donné l'accolade fraternelle et nous nous sommes embrassés. Après la tenue, les frères arméniens de la loge m'ont entouré en m'embrassant à leur tour. L'un d'eux m'a annoncé qu'il viendrait me chercher à l'hôtel pour me conduire à l'aéroport le jour de mon départ. En effet, le jour dit, il était fidèle au rendez-vous, avec, tenant dans ses mains, un plateau en argent contenant une bouteille de cognac français. Ce frère est devenu par la suite une de mes meilleures relations. Cette première expérience positive m'a montré que la maçonnerie pouvait réussir là où certains autres ne réussissaient pas et elle m'a encouragé pour rechercher à concrétiser des relations fraternelles entre les deux peuples. C'est ainsi qu'au mois de mars de cette année, j'ai organisé avec une dizaine de frères de mon obédience une visite fraternelle dans une loge appartenant au Grand Orient de France à l'Orient de Nice, loge composée majoritairement de frères arméniens. L'accueil fut très fraternel. Nos frères arméniens originaires de Turquie habitant la France avaient invité, à l'occasion de cette rencontre, deux frères venant spécialement d'Arménie, membres de la première loge maçonnique établie dans ce pays. Nos frères arméniens avaient organisé pour nous des visites, des soirées festives et des rencontres. Tout allait merveilleusement et fraternellement bien. La tenue à laquelle nous avons assisté était une cérémonie d'initiation de deux français pure souche et nous avons été témoins de l'adhésion à la maçonnerie universelle de deux nouveaux maillons de la chaîne d'union. Dans la partie réservée aux intérêts de la maçonnerie en général, j'ai demandé la parole pour parler d'un poète grec que j'apprécie tout particulièrement. Ce poète grec s'appelle Georges Séféris, Yorgo Séféris pour les grecs. Il est né en 1900 à Izmir en Turquie. Il faisait partie de la minorité grecque de la ville. Quand il avait 19 ans, il a quitté sa ville natale pour faire ses études à l'étranger. Une fois ses études terminées, il ne pouvait plus regagner la ville où il était né, car entre-temps il y avait eu la guerre entre les grecs et les turcs, et les grecs habitant Izmir avaient fini par quitter cette ville pour aller s'installer en Grèce. Georges Séféris a donc suivi ses parents pour demeurer en Grèce. Par la suite, il a choisi la carrière diplomatique tout en devenant un poète émérite. Dans tous ses poèmes, il a chanté la mer et la Méditerranée, berceau de la civilisation. Il est devenu ambassadeur de Grèce en Turquie et c'est en tant qu'ambassadeur qu'il a visité sa ville natale où la rue qui passait devant sa maison natale porte aujourd'hui son nom. En 1963, Georges Séféris a reçu le prix Nobel de la littérature et il s'est rendu à Oslo pour recevoir son prix des mains du Roi. Comme de coutume, il a prononcé une allocution qu'il a terminée par cette phrase que je trouve sublime : Il a dit : " Dans le monde qui va se rétrécissant, chacun de nous a besoin de tous les autres. Nous devons chercher l'homme partout où il se trouve. " Lors de notre visite à Nice il y a deux mois, dans cette respectable loge qui nous recevait, j'ai repris cette phrase de Georges Séféris pour m'adresser à nos frères arméniens en particulier et à tous les maçons en général. J'ai poursuivi mon intervention en affirmant que pour construire le temple de l'humanité, il fallait laisser ses passions et ses métaux à la porte du Temple, et être convaincus que nous formions tous les maillons de la chaîne d'union universelle. Après la fin de mes propos, un frère placé à l'Orient a demandé la parole. On m'a précisé par la suite qu'il était le représentant de la diaspora arménienne dans la région de Nice, et politiquement très engagé. Il a commencé son intervention en informant les colonnes qu'il avait demandé l'autorisation de ses enfants pour venir ce midi dans la loge où il y aurait des turcs ! Il a continué ensuite en faisant l'historique des événements survenus entre les deux peuples au siècle passé, suivi des développements et de la situation actuelle, pour arriver à la conclusion finale : " Un renard reste un renard, même s'il change de pelage ". Nous étions sous le choc. Tout un effort de main tendue détruit en quelques minutes par un travail de sape. Particulièrement après une cérémonie d'initiation durant laquelle le Vénérable Maître avait obtenu la réponse affirmative des récipiendaires à sa question de savoir s'ils seraient capables de serrer la main de leurs ennemis qui se trouveraient dans la loge. Le
Vénérable Maître m'a demandé si j'avais quelques réponses à formuler. La
tenue s'est poursuivie par les agapes. Je pense que oui, la maçonnerie peut être une voie pour la paix universelle si nous les maçons qui formons la maçonnerie, nous croyons en la maçonnerie, nous croyons en ce que nous faisons dans la maçonnerie. La maçonnerie n'est rien, ne signifie rien sans les maçons. Nous les maçons, nous avons tous nos défauts, nos tentations, nos imperfections, nos passions, nos tourments, nos jalousies, nos haines, nos partis pris, nos envies de vengeance et nos faiblesses profanes. La maçonnerie ne peut réussir sa mission que si nous, les maillons de la chaîne universelle, réussissons à laisser à la porte du Temple de l'Humanité nos métaux, nos défauts et nos passions profanes. La maçonnerie nous montre le chemin pour y arriver. Mais la maçonnerie ne fait rien à notre place, l'Art Royal n'agit pas pour notre compte. L'effort ne doit venir que de nous et non pas de la maçonnerie. La pierre brute n'est dégrossie que par l'effort, par l'ascèse personnels du maçon. La maçonnerie ne fait que nous guider dans ce cheminement, dans la quête de l'homme parfait, en vue de l'accomplissement de notre identité maçonnique, dans la mesure seulement où le maçon cherche à parfaire son identité maçonnique. Je pense que non, la maçonnerie ne peut être une voie pour la paix universelle si les maçons que nous sommes n'avons rien compris à la maçonnerie, s'il y a trop de tabliers sans maçons ayant pris place dans la chaîne d'union. A la
fermeture d'une tenue maçonnique à laquelle j'assistais il y a quelque temps,
l'orateur a dit que si tous les hommes qui se trouvaient sur terre étaient
maçons, nous n'en serions pas là. Il ne
suffit pas d'être maçon pour changer la face du monde. Notre
travail consistera donc à transformer les tabliers sans maçons en maçons
avec tabliers. Metin
Ansen
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