Santiago/2004

Thème : De la Théorie à la Pratique

INTERVENTION DE LA GLDLC AU COLLOQUE 2004 DU CLIPSAS

 DE LA THEORIE A LA PRATIQUE

L’Obédience – Comment réunir ce qui est épars ? Les qualités de l’Obédience.

De la théorie à la pratique, voilà un thème de travail dont le choix avait été l’objet d’âpres discussions, avant qu’il ne soit retenu par l’assemblée générale 2003 du CLIPSAS.

Peut-être parce que dans son premier abord, il pouvait évoquer une approche de type scientifique où des théories, des hypothèses voire des idées émises, devraient nécessairement pouvoir se vérifier, déboucher sur des actes, sur des actions concrètes ….. pour qu’elles puissent être considérées comme vraies ou comme plausibles, c’est mathématique !

La Franc-maçonnerie n’échappait-t-elle pas à cette logique ? ELLE dont le travail essentiel porte sur la transformation alchimique, éminemment intrinsèque à LA personne ?

Peut-être était-ce parce la lutte pour l’identité humaniste et initiatique de la Franc-Maçonnerie n’était visiblement pas achevée et que la question des interventions des francs-maçons dans le monde profane n’était pas abordée de la même manière par les Obédiences maçonniques, voire individuellement par les Frères et Sœurs ?

Mais, il n’en reste pas moins vrai qu’un des fondamentaux de notre idéal maçonnique est de réunir ce qui est épars et le Franc-Maçon, aujourd’hui plus qu’hier, doit savoir judicieusement « doser » son action entre :

le fait d’enrichir en permanence la chaîne de nombreux et solides anneaux de pur métal ;

et l’exhortation qui lui est faite de répandre dans la cité les vérités acquises à la lumière de la Loge.

Dans un cas, c’est le nombre de Francs-Maçons qui est appelé à augmenter, donc le nombre de porteurs d’idéaux maçonniques, dont les qualités « transpireront » dans le monde profane.

Dans l’autre, c’est la Franc-Maçonnerie qui est directement porteuse de son message de sagesse, dans le dit monde.

Mais formulons d’emblée l’espoir que c’est bien la voie du Milieu que choisira le Franc-Maçon éclairé, porteur de lumière.

Une démarche personnelle

A l’instar du Maître Hiram, le Temple que nous devons édifier apparaît comme le symbole d’un idéal humain à réaliser. Ce dernier ne rêvait pas pour l’homme d’une réalisation finie : l’aventure qu’il avait entrepris était en fait de traduire dans l’architecture, en réalité inachevable, un Temple original, l’idée d’une humanité qui ne peut exister qu’en initiation, toujours recommencée.

Un Maître maçon doit savoir :

approfondir, connaître à fond l’Art Royal, chercher dans l’intérieur de la Terre la Parole perdue, en redoublant sans cesse d’efforts constants ;

écouter autrui : ne pas faire appel qu’à l’illumination intérieure, mais au contraire, rechercher la contradiction, apporteuse de meilleure compréhension, dans des échanges avec les autres ; écouter avec bienveillance ceux qui croient avoir raison ;

mais aussi, perdre toute illusion : rechercher la réalité dépouillée de dehors séduisants ; savoir se juger sans complaisance en reconnaissant ses défauts et ses faiblesses ; savoir déceler les chaînes invisibles qui le bloquent.

D’aucuns peuvent dès lors s’interroger sur les capacités de la Franc-maçonnerie à apporter les bonnes réponses, tant il est vrai qu’elle ne l’a pas toujours fait.

Mais est-ce la Maçonnerie qui n’a pas apporté les réponses, ou est-ce ce que les hommes ont fait de la Maçonnerie qui n’ont pas permis à cette dernière de faire son Œuvre ?

Ainsi, avec Hiram, c’est l’idéal de la Franc-Maçonnerie qui peut-être assassiné si l’on n’y prend gare : combien de nos SS\ et FF\ viennent chercher en Maçonnerie, ce qu’ils trouveraient bien mieux, ou plus vite ailleurs ?

Certains d’entre nous, pourtant animés d’un pur sentiment maçonnique en arrivent à se demander si la véritable Maçonnerie n'est pas une utopie, irréalisable dans la pratique, ……… tant que les hommes n’auront pas cessé d’être ce qu’ils sont.

Et c’est là que la question posée prend toute sa signification.

Ne nous sommes-nous pas contentés du cérémonial initiatique, comme le dit Oswald WIRTH, sommes-nous certains de nous être conformés au programme dont nous sommes la mise en scène allégorique ?

L’humilité que nous avons acquise dans notre cheminement doit nous inciter à nous reposer régulièrement la question : nous devons sans cesse ranimer et faire revivre Hiram en nous : ce doit être là notre action essentielle.

De fait, l’Initiation maçonnique n’est pas un enfermement organisé fait de contraintes imposées, elle doit aussi conduire à la compréhension progressive de la condition humaine, donc celle de notre voisin dans son environnement, ses luttes, ses acquis, ses forces, ses faiblesses.

Les francs-maçons se doivent ainsi d’aller en direction de l’autre pour mieux le connaître et se garder d’émettre des préjugés. C’est bien l’invite qui nous est faite à la fin des Travaux de Loge : continuer en dehors du Temple le Grand Œuvre maçonnique ……. par l’exemple de nos qualités, et en répandant sur le monde profane les vérités acquises à la Lumière de la Loge.

Pour autant, soyons conscients d’un risque : déduire voire conclure que le Franc-Maçon ne ferait l’apprentissage de ces connaissances, de ces vérités que dans cet unique objectif, serait bien évidemment trop réducteur, avec le risque certain de fourvoyer notre idéal maçonnique.

Nous pensons que répandre sur le monde profane les vérités acquises à la Lumière de la Loge, réunir ce qui est épars ne doivent être compris qu’en tant que conséquence de notre travail maçonnique.

Une conséquence qui devient logique, tant par ce travail personnel effectué en amont que par celui qu’il y à faire en aval, dans la société qui reste et demeure en bout de chaîne, le Franc-Maçon n’étant pas hors du Monde, et encore moins en dehors de la société. 

Surtout, n’oublions pas, nous ne sommes pas Francs-Maçons, seuls nos Frères et Sœurs nous reconnaissent comme tels. Aussi, il doit en être dans la Cité, comme il en est en Loge : les qualités d’un Franc-Maçon se reconnaissent dans son comportement quotidien et ce sont seules ces qualités qui en font une force reconnue et centrifuge, une attirance vers le Bien.

En tant que société initiatique, la Franc-Maçonnerie se voue à la communication entre les esprits.

La vie est créatrice de liens. Ce qui est mystérieux et merveilleux à la fois, c’est que l’homme est sensible aux relations établies entre lui et ce qui n’est pas lui. Une vie d’homme se construit autour de la connaissance de ces relations et de leur exaltation.

Etre homme, c’est prendre conscience de sa dépendance et comprendre comment cette dépendance fonde la liberté : çà, c’est une démarche individuelle, une démarche de tout instant : réunir ce qui est épars !

Démarche collective

Avec ces remarques préliminaires qui n’avaient comme seule ambition, que de resituer le travail maçonnique dans son objectif originel et fondamental, nous pouvons ainsi, sans risque de confusion, mieux aborder une mission de l’Obédience qui, au delà de l’organisation temporelle des travaux des Loges de la Fédération, apparaît comme l’organe facilitateur et incitateur de l’action des Francs-maçons dans la Cité (concept compris au sens large, y compris dans sa dimension internationale, intercontinentale. …….).

Car, il apparaît comme une évidence que la démarche individuelle ne soit pas suffisante : la démarche collective devant aussi être actionnée, et c’est là le rôle de l’Obédience maçonnique à la fois au sein des Loges qui constituent la fédération mais aussi, vis-à-vis du monde profane.

il appartient donc à cette dernière de multiplier autant que faire se peut ses échanges avec d’autres Frères, au delà des rites, au delà des frontières, par voie de conventions d’amitiés, de relations personnelles et de travaux à élaborer en commun, comme nous le faisons au sein du CLIPSAS : l’universalisme maçonnique reste un édifice en construction, même si les progrès sont certains ;

il appartient également à chaque Obédience maçonnique de diffuser dans le monde profane le message de sagesse acquis à la lumière des travaux des Loges.

L’Obédience, catalyseur d’idées !

Ne serait-ce pas aux Loges d’avoir le soin de former le Franc-Maçon, et à l’Obédience celui d’être porteur du message de sagesse maçonnique ?

Cette répartition des rôles ne devrait pas choquer le Maçon, toujours prêt à lutter contre les exclusives, et encore moins laisser penser à quelque impérialisme obédientiel. Elle a le mérite, à nos yeux, d’éviter la confusion précédemment évoquée, où la Loge doit savoir conserver son rôle de cellule initiatique de base, là où le Franc-Maçon apprend à être libre, même si elle doit aussi savoir organiser des Tenues blanches, tant pour la formation de ses membres que pour distiller un message maçonnique d’amour et de sagesse. N’oublions pas que la Franc-Maçonnerie, au 18ème siècle a été, grâce aux Loges naissantes, le point de convergence de nombreuses expériences humaines en vue d’acquérir la connaissance.

 

Aujourd’hui, les choses se compliquent avec la mondialisation croissante dans tout ce qu’elle apporte comme problèmes nouveaux, souvent inextricables, donnant inéluctablement à l’Obédience le rôle d’incitateur que nous évoquions plus haut, mais aussi et surtout celui de catalyseur d’idées : elle peut le faire notamment au travers de questions soumises régulièrement à l’étude des Loges, pouvant aussi comprendre l’analyse des problèmes de notre société moderne.

Mais, elle doit le faire à travers une communication parfaitement organisée avec les Loges, au risque de paraître une « entité » à part et de voir ces dernières vouloir trop amplifier un rôle de diffuseur du message vers le monde profane, au détriment du travail initiatique ou, tout simplement ne pas comprendre et donc ne pas s’approprier la démarche..

L’Obédience, porteuse de message de sagesse vers le monde profane !

Dans son ouvrage intitulé « La Pensée Maçonnique », Jean Mourgues développe l’idée que la philosophie maçonnique pouvait constituer une sagesse pour l’Occident, ce qui peut, sans trahir la pensée de l’auteur, être traduit par une sagesse pour le Monde.

Il ne s’agit en aucune façon de sous-entendre par cette proposition que les religions sont devenues une espèce en voie de disparition et qu’un relais doit être pris, tant il est vrai qu’il y aura toujours de la place pour ces dernières.

Cependant, pour tous les « chercheurs » de sagesse qui souhaitent une structure d’accueil, pour tous ceux qui reconnaissent le caractère universaliste de la civilisation, pour tous ceux qui défendent « le respect de la dignité humaine par la reconnaissance de la liberté de conscience en tout homme », pour tous ceux qui acceptent l’apprentissage nécessaire et progressif des conditions de maîtrise de soi ainsi que la connaissance du monde et l’amour comme signes de la fin des combats, pour tous ces hommes, la sagesse maçonnique constitue une donnée fondamentale quand bien même la plupart des philosophes d’aujourd’hui prétendent-ils que l’on ne fait pas de pensées vraies avec de bons sentiments.

L’Obédience doit le faire savoir, en organisant régulièrement des conférences publiques qui, pour autant, ne doivent pas sombrer dans le prosélytisme, car la Maçonnerie n’a besoin que vrais chercheurs de vérité et, à ce niveau, elle reste élitiste.

Parmi les nombreuses autres possibilités de faire connaître l’idéal maçonnique et qui rejailliront de nos échanges de ce jour, nous voudrions simplement évoquer le principe des actions vers la jeunesse.

Certes, il existe des groupements de jeunesses maçonniques, souvent issus de fils et de filles de Maçons, mais il est important que les jeunes restent libres de leurs engagements futurs et non esclaves d’une filiation imposée.

Dans l’éducation, la formation, l’information des jeunes, le F\M\ doit être partout, il a le devoir de multiplier, de diversifier les propositions dans les circonstances les plus variées et celles-ci seront toujours empreintes des plus hautes valeurs morales que lui enseigne la Maçonnerie. Tout essai d’endoctrinement, toute tentative de séduction étant incompatible avec notre engagement.

La F\M\ n’agit pas, elle fait du F\M\ un homme capable d’agir dans le sens de la vie.

L’idéal, c’est la participation à toutes les entreprises, à toutes les initiatives, à toutes les formes d’activités susceptibles de rendre la cité plus harmonieuse et plus éclairée.

La tâche de chacun est là où il est, honnêtement, consciencieusement, avec toujours la volonté farouche de réunir ce qui est épars.

La seule voie du Franc-maçon dans la cité reste celle du devoir.

 

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