Santiago/2004

Thème : De la Théorie à la Pratique

Allocution sur le thème "De la théorie à la pratique "

CLIPSAS 2004 Santiago du Chili

Dans le déroulement, dans le temps de la civilisation qui nous concerne, il est curieux de constater que l'empirisme ou la pratique du travail manuel a précédé la théorie, celle-ci n'étant apparue que dès que la notion d'abstraction a été connue en Grèce dès le VIe siècle avant J :C.

Les peuples de la Mésopotamie, pour des raisons commerciales, de calendrier, d'astronomie, religieuses et d'arpentage, 2000 ans avant J :C, avaient trouvé empiriquement le moyen de résoudre les problèmes élémentaires de géométrie et d'arithmétique que nous utilisons encore aujourd'hui.

Les Grecs ont fait un large usage de ces découvertes et, dans certains cas, s'en attribuèrent même la paternité, par exemple le théorème de Pythagore que les Sumérient avait déjà expliqué et démontré plus de 1000 ans avant Pythagore.

Plus anciennes encore sont les techniques empiriques des hommes du néolithique qui portèrent la technique de la percussion à un niveau incroyable de réussite pour la maîtrise de cette matière extrêmement ne dure qu'est le silex.

L'époque charnière où se firent le passage et le renversement des méthodes fut celle qui s'étendit en Grèce antique de Solon à Ptolémée, faut-il citer : Pythagore, Thalès, Eratosthène, Aristarque, Anaximandre, Anaximène, Archimède et tant d'autres qui firent les belles heures de la Grèce antique.

Les Grecs avaient découvert cette chose si nécessaire, l'abstraction

Pourtant, la connaissance théorique de cette époque reposait encore sur de nombreux éléments mal connus et la manière synthétique et intuitive de résoudre les problèmes subsista jusqu'à la Renaissance. 

Apparurent alors, en Italie, la numérotation de position et le zéro sans lequel aucune analyse n'est possible.

Dès lors, dans la plupart des cas, la théorie précédait la pratique et c'est encore le cas de nos jours, où le monde empirique du déterminisme est petit à petit remplacé par celui théorique du probabilisme.

Qu'en est-il au point de ma vue unique ?

Existe -t-il une théorie maçonnique qui précède une pratique maçonnique?

Je ne le crois pas, la Maçonnerie se vit, s'étudie, se pratique en Loge; la manière qui consiste à lire d'un bloc tout ce qui a trait à la Franc-Maçonnerie et croire que tout est dit, est le meilleur moyen de ne rien y comprendre et de ne pas percevoir cette chose admirable que l'on doit apporter soi, même aux autres, la Fraternité.

Le plus important, peut-être le premier du travail individuel du Maçon est ; travailler sur soi-même, travailler à se détacher des biens matériels inutiles, se regarder, sans complaisance a l'intérieur de soi et, comme le disait Montaigne, " se goûter " pour voir ce qui est bon ou non ou à améliorer.

C'est le cabinet de réflexion en permanence.

L'autre aspect est celui où dans la Loge chaque cas individuel est confronté avec les autres qui ont fait, ou non, le travail sur eux-mêmes et le résultat collectif donne aussi les références pour améliorer encore le travail individuel par une appréciation du comportement des autres vis-à-vis de soi-même.

Le rituel étant le lien privilégié pour que tous les membres de la loge puissent recevoir, à part égale, les bienfaits d'un travail en commun.

Ensuite on en vient au travail de et dans l'Obédience, le Forum, la place publique maçonnique, où les Loges s'expriment, présentent leurs travaux, des projets, des modifications ou des améliorations pour le bien de l'Ordre en général et des Loges en particuliers.

Dans ce système dynamique et maçonnique où, comme en technologie, il y a les composants, les sous-ensembles et finalement le mécanisme qui doit fonctionner, il est indispensable que les maîtres d'œuvre qui sont les vénérables Maîtres des Loges et le Grand Maître de l'Obédience travaillent en parfaite harmonie pour éviter : écueils et grains de sable qui gêneront le fonctionnement de la machine.

Souvenons-nous que :

"La théorie c'est lorsque l'on sait tout sur quelque chose où rien ne fonctionne,

La pratique c'est lorsque tout marche bien mais on ne sait pas pourquoi,"

Un exemple, Les experts de la NASA ont décrété que :

Selon son poids, son envergure, la surface et la fréquence du battement de ses ailes, sa température corporelle et son énergie potentielle; le bourdon est incapable de voler; mais, comme celui-ci n'est pas au courant de la découverte il continue à voler de fleurs en fleurs.

C'est Einstein qui à dit " une idée, c'est si rare " et Denis de Rougemont à ajouté,

"Beaucoup de gens ont des idées mais, ils ne savent pas les exprimer et encore moins les partager ".

En Franc-Maçonnerie,

Avons-nous des idées ? Oui, beaucoup,

Savons-nous les exprimer ? Plus ou moins,

Savons nous les partager ?  Je crains que non.

 

Heinz E. Mühlethaler

Grand Maître du Grand Orient de Suisse

GM/GOS mai 2004 Santiago Chili

 

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