Rome/2005

Thème : Comment  Rendre la Franc-Maçonnerie Attractive pour les Jeunes

Contribution de la Grande Loge Féminine de Belgique à la réflexion proposée par le C.L.I.P.S.A.S.
pour le Colloque 2005 les 13 et 14 mai

Comment rendre la F.: M.: attrayante pour les jeunes ?

Les jeunes ont de plus en plus de mal à s’insérer dans notre société et à trouver leurs repères. Ils vivent dans l’incertitude, confrontés sans cesse aux risques de conflit, de catastrophe majeure ou d’instabilité socio-économique. De quoi sera fait leur avenir ? Chômage, emploi précaire, mobilité ou flexibilité forment leur horizon, en discordance avec les valeurs sociales véhiculées par la société de consommation. Les valeurs fondamentales (famille, justice, école) sont remises en question. Dans nos pays démocratiques, la famille se déstructure, la justice est ébranlée, l’école se voit chargée de l’éducation des jeunes par les parents ayant renoncé à leur rôle éducateur. De plus, la superficialité des rapports humains paraît un signe marquant de cette société moderne.

Que peut apporter la franc-maçonnerie à ces jeunes ? Nous, franc-maçonnes, que pouvons-nous faire pour attirer les jeunes femmes ? Nous constatons à la G.: L.: F.: B.:, comme dans les obédiences masculines, une moyenne d’âge élevée dans les ateliers. Nos sœurs sont généralement des femmes ayant déjà fait carrière et construit une vie familiale. Les femmes seules et mères de famille n’ont pas le temps de s’engager et les femmes d’une trentaine d’années « décrochent » car elles sont trop prises par leur profession et l’éducation de leurs enfants.

Les valeurs humanistes de la franc-maçonnerie (liberté, égalité, fraternité, amélioration de soi, construction d’un monde meilleur) peuvent être un pôle d’attraction. En quête du sens à donner à leur vie, dans une société où la religion ne répond plus à leurs attentes, nous pouvons leur offrir la possibilité d’assouvir leur quête de spiritualité au travers de notre démarche initiatique. Les profanes pourraient apprendre à mieux se connaître, à rencontrer d’autres femmes ; elles s’aideraient, mutuellement, à apaiser leurs angoisses existentielles. Dans cette démarche qui les mèneraient vers plus de droiture et de rigueur, ces jeunes femmes pourraient vivre concrètement la fraternité, ce lien étroit qui nous unit et crée un devoir d’écoute et de disponibilité entre nous.

Mais les jeunes femmes sont-elles en recherche ? Après une fin de siècle toute vouée à l’individualisme, la consommation effrénée, la compétition et le culte de l’apparence, n’assiste-t-on pas, à l’aube du troisième millénaire, à un retour timide du spirituel et de l’ésotérisme ?

Une enquête réalisée en Belgique en 2004 a révélé que les femmes qui portent sur les différents aspects de la vie un regard traditionnel ne s’intéressent pas du tout à la spiritualité. Elles ne pensent pas que cela puisse contribuer à leur équilibre intérieur et ne comptent pas s’y intéresser à l’avenir. Par contre, celles qui sont plus ouvertes sur le monde moderne s’intéressent à ce domaine et marquent également un intérêt pour la psychologie, la philosophie et la religion. La spiritualité représente pour elles une manière de trouver un équilibre en elles et leur permet de mieux se situer dans le monde.

Les candidates potentielles peuvent être classées en trois catégories.
- D’abord, il y a celles qui ont des francs-maçons dans leur famille ou parmi leurs proches. Ces premières, averties des buts de la franc-maçonnerie, feront souvent leur démarche de leur propre initiative quand elles s’estimeront prêtes.

- Ensuite, il y a celles qui s’intéressent de près à notre association et se sont fait une idée de ce qu’est la franc-maçonnerie à travers leurs lectures principalement. Les femmes qui se trouvent dans ce cas prendront certainement leur plume et écriront ; elles trouveront même l’adresse sur Internet.

- Enfin, il y a celles que l’on pourrait qualifier de postulantes qui s’ignorent et qui soupçonnent à peine notre existence. C’est aux femmes de cette troisième catégorie que l’opération « charme » paraît principalement destinée.
Pour amener vers nous les jeunes femmes qui se sentent attirées par la spiritualité sans pour autant pouvoir y mettre une idée claire ou un nom, il conviendrait de se dévoiler, de se faire connaître d’elles. Une fois ce pas franchi, jusqu’où peut-on aller ? Ne serait-il pas préférable de baliser les limites de la discrétion ?

Lorsque la profane demande son entrée, elle ignore tout du parcours et des étapes initiatiques. Elle doit recevoir un minimum d’informations qui lui permettront de vérifier qu’elle ne fait pas fausse route. Avant de s’engager, la profane doit déjà comprendre les buts de la « franc-maçonnerie universelle » :

- Franc : Sans contrainte, libre de pensée, de parole et d’acte. Si la pensée peut être sans limite, les paroles et les actes resteront dans les limites de la légalité et des convenances sociales pour autant que celles-ci soient conformes aux droits de l’homme.

- Maçonnerie : Société dans laquelle les membres sont solidaires, « maçonnés » ; ils tendent vers une construction personnelle mais aussi vers une société idéale, utopiste peut-être.

- Universelle : Ayant intégré des références de toutes les civilisations ancestrales, la franc-maçonnerie tente de comprendre et de respecter les croyances, les valeurs philosophiques et culturelles d’autrui. Comme les grains de la grenade, elle peut essaimer ses valeurs à travers le monde et accueillir les personnes désireuses de les partager.
Après ces informations générales, nous devons aborder différents problèmes : coût financier, disponibilité requise, définition des notions de symbolisme et de fraternité, mise en garde concernant les images fausses que le public se fait de la franc-maçonnerie. Il faut faire passer le message que la franc-maçonnerie, bien que société traditionnelle, est une société ouverte sur le monde d’aujourd’hui. Faire comprendre que les rituels, loin d’être dépassés, sont les vecteurs qui vont permettre à ces femmes de s’ancrer dans le présent. Il faut évidemment s’assurer que la profane peut s’ouvrir à l’approche maçonnique, suivre un chemin vers la lumière, chemin différent de celui prôné par la société profane qui privilégie bénéfice, carrière et concurrence.

La tâche est difficile car nous vivons dans un monde où les actions ne s’inscrivent pas dans la durée, que ce soit le mariage, les études ou toute autre activité entreprise sans que soit ressenti le devoir de la mener à bien. S’engager à long terme peut les effrayer. De plus, notre société privilégie le « tout, tout de suite », cette habitude est difficilement conciliable avec la lenteur de notre procédure de candidature et surtout avec le besoin de temps que nécessite une démarche initiatique. Il serait donc opportun d’insister sur le caractère progressif de l’acquisition des connaissances.

Il faut aussi signaler que le travail en loge se structure avec les outils qui sont à notre disposition, que l’évolution de chacune s’effectue de façon personnelle dans cette société exigeante mais bienveillante et protectrice. (Les membres déjà initiés sont toujours à la disposition des nouvelles venues mais ne s’imposent pas.)

Une fois initiées, encore faut-il pouvoir maintenir les apprenties dans les ateliers. L’intégration se fera sans doute par rapport aux réponses que l’on est venu chercher en loge. La nouvelle initiée devrait y trouver un peu de ce qu’elle espérait et un peu de ce qu’elle y apporte.

Les sœurs apprenties se disent attirées par le plaisir à apprendre à travers ce que les autres apportent ainsi que par le plaisir de partager ce que l’on est capable de donner. Elles comprennent que, pour mener à bien les travaux, il soit nécessaire d’adopter une attitude sérieuse et réfléchie mais elles apprécient aussi qu’on cultive avec bonheur l’esprit, l’humour, la sensibilité aux arts et à l’amour. Ce qui leur plaît le plus, ce sont les émotions qui se dégagent de l’atmosphère fraternelle de nos ateliers. Toutefois, elles sont conscientes que cette communauté, aussi fraternelle soit-elle, n’est pas un centre de thérapie. Les sœurs apprenties constatent aussi qu’il existe parfois des incompréhensions, voire des jugements, entre les membres. Mais ces situations peuvent se révéler positives si la communication permet d’éclairer le motif du différend dans la tolérance. Elles se demandent enfin s’il ne serait pas bon de proposer une évaluation lorsque doutes et découragement se font sentir : il est toujours bon de se remettre en question.

De la même façon, l’entrée des jeunes dans la franc-maçonnerie leur demande de se repositionner, d’intégrer des notions différentes de celles rencontrées dans l’adolescence ou le milieu familial. La franc-maçonnerie est parfois perçue comme une société élitiste, ce qui peut aussi faire peur. Trouver son chemin est probablement plus facile pour ceux qui vivent dans un environnement familial maçonnique. Mais, alors, pourquoi si peu d’enfants adoptés frappent-ils à la porte des temples ? Tout d’abord, les enfants de francs-maçons ne ressentent pas comme leurs aînés le clivage enseignement officiel/catholique. Bien que l’éveil puisse être favorisé par un milieu scolaire proche de nos valeurs, le militantisme est un combat dont ils ne veulent pas. L’adoption peut cependant susciter la réflexion, mais elle n’est pas toujours accompagnée d’un suivi. En semant autour des jeunes par l’exemple, par notre discours, nous préparons l’avenir au-delà de notre existence, en transmettant nos valeurs.

Il faut aux jeunes la motivation mais surtout l’exemple. L’exemple que nous franc-maçonnes montrons doit représenter le principal attrait vers la franc-maçonnerie. Soyons des phares. La franc-maçonne n’est pas celle qui a été initiée, elle est celle qui se comporte comme telle, qui a une attitude maçonnique. Qu’avons-nous fait tout au long de notre parcours maçonnique ? Pouvons-nous prendre notre vie comme exemple à présenter à une profane ? L’attirance vers la franc-maçonnerie peut venir de l’admiration ressentie envers une maçonne mais, à l’opposé, certains exemples « négatifs » peuvent rebuter les candidates. Si nous n’arrivons pas vivre selon les principes maçonniques à l’intérieur de nos ateliers, comment pourrions-nous refléter le respect de ceux-ci à l’extérieur du temple ?

Les profanes s’interrogent sur ce qu’on fait dans les loges. Devrait-on, comme les Rose-Croix, donner une possibilité de voir ce qui se passe une fois l’an ? Nous pensons que non car nous avons nos fêtes et tenues blanches ouvertes. Toutefois mais les profanes qui y participent ne sont pas tenues à la discrétion. Doit-on prendre position, s’indigner face à des faits de société qu’en tant que franc-maçonnes nous condamnons ? Les obédiences pourraient se réunir afin de créer une information claire et concrète permettant aux jeunes de se former une idée claire de la franc-maçonnerie. Les livres maçonniques, le Musée maçonnique ou Internet peuvent leur apporter des informations mais il faut que celles-ci soient lisibles et complètes. Certaines sœurs se demandent si le but de la G.: L.: F.: B.: est de faire de la publicité. Ne vaut-il pas mieux se faire connaître par des actions que par des articles ?

Un autre aspect qui éloigne de nous les jeunes est le caractère discret de la franc-maçonnerie, perçu comme secret, donc dangereux, et qui fait apparaître l’appartenance à la franc-maçonnerie comme négative. Il convient de bien faire comprendre que le devoir de discrétion des maçons est dicté par la prudence. Chacun peut assumer son appartenance mais ne peut dévoiler un autre maçon. La discrétion concerne également le contenu des tenues, la franc-maçonnerie étant une société progressive où chacun avance selon son rythme : la franc-maçonnerie ne se dit pas, elle se vit.
En conclusion, il apparaît que c’est par l’exemple que la franc-maçonnerie peut être attrayante pour les jeunes profanes. Si elles pensent y trouver des femmes qui vivent leur idéal à l’intérieur et à l’extérieur des loges, elles frapperont à la porte de nos temples et continueront le grand œuvre.

La Grande Loge Féminine de Belgique

 

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