Montreal/2006

Thème : De la Théorie à la Pratique

De l’appel de Strasbourg de 1961 à celui de Rome de 2005
Perspectives de travail solidaire dans les sociétés moyen-orientales

Depuis l'appel de Strasbourg en 1961 qui a été co-signe par mes Frères aînés du Grand Orient du Liban jusqu'a celui de Rome en 2005, 44 ans se sont écoulés et la problématique de la liberté absolue de conscience reste entière.

 

Certes les temples ont ouvert leurs portes sans condition de réciprocité a tout Maçon initie dans une loge Juste et Parfaite,

 

Certes des relations plus que fraternelles ont été tissées entre toutes les Obédiences, Certes l'invocation du GADLU a été laissée à l'appréciation de chaque loge et de chaque obédience;

 

Certes les recherches sur les Rites, les Traditions et les Symboles ont connu un essor jamais egalé,

 

Certes les Maçons ont rétabli la Chaîne d'Union dans la mesure de leur possibilité et de leur volonté à le faire,

 

Mais 45 ans après, I'Homme, l'élément central et principal de toute action maçonnique qui se dit fraternelle, est toujours l'objet de violences, de racismes, d'exclusions, cet Homme a toujours faim, est toujours malade, a toujours soif de liberté et de culture.

 

Notre devoir premier est d'apprendre à cet Homme à pratiquer une démocratie, à s'éloigner du carcan religieux, à pouvoir exercer librement son droit a la différence, à refuser la pensée unique, à  réclamer ses droits fondamentaux en tant qu'Homme ne libre et à s'éloigner de tout obscurantisme sociétal endémique.

De ce Moyen-Orient d'où je viens, les libertés, les droits, l'exercice de la démocratie sont avant-gardistes dans les textes et moyen-ageux dans la pratique.

 

Démocratie :

 

«Une Constitution, pour quoi faire? » se demandait dans les années soixante un roi du Moyen-Orient; «Le Livre saint est la plus ancienne et la plus efficace des Constitutions ... Notre Constitution, c'est ce livre », ajoutait-il dans une interview accordée au journal Le Monde. Cette conception de la Constitution domine toujours une large partie des sociétés des pays du tiers-monde.

 

Or, la Constitution, selon le modèle occidental, s'occupe d'une part, d'aménager l'exercice du pouvoir, et de consacrer les principes fondamentaux - libertés publiques, droits humains - qui sont censés guider l'action des pouvoirs publies, d'autre part. Les conştitutions servent ainsi à soumettre les gouvernants à la loi régissant leur statut. Elles sont ainsi, par excellence, l'antidote à la théocratie, d'où, théoriquement, l'inutilité d'une Constitution.

 

On fait face inévitablement à une opposition entre le fondement de l'Etat de droit et le facteur religieux dans une structure censée donner la primauté a la souveraineté populaire, ainsi les hommes ne peuvent avoir le dernier mot en ce qui concerne leurs gouvernements. II serait donc difficile de concilier le pouvoir politique du peuple avec la souveraineté de Dieu. Comment des lors sortir de ce cercle vicieux ? Faut-il opter pour une impensable séparation entre le spirituel et le temporel? Ou bien prêcher la libéralisation en essayant d'adapter les préceptes religieux aux réalités du monde moderne?

 

On comprendra mieux ainsi le cri de désespoir d'un négociateur kurde lors des débats sur la Constitution irakienne, qui disait il y a quelques jours : « Le problème est qu'il y a un groupe qui veut une Constitution du XXIe siècle et un autre qui en veut une de VIIe siècle. »

 

Un nombre croissant d'intellectuels et de politiciens déclarent désormais que les traditions théocratiques et la démocratie ne sont pas incompatibles et qu'on peut les [aire cohabiter ensemble.

 

Il reste toutefois primordial de voir naître des Etats laïcs dont la Constitution fera une nette distinction entre le séculier et le religieux. L'exemple de la Turquie est de ce point de vue assez encourageant.

 

Le politologue égyptien Khaled Mohammed Khaled écrivait déjà en 1950 sur les perspectives des nouveaux ijtihads en islam dans son admirable ouvrage « C'est de Hı... que nous commençons : allons-nous confondre la religion et !'Etat pour perdre l'Etat et perdre la religion ? Au bien allons-nous laisser à chacun son domaine pour les gagner tous les deux, gagner nous-mêmes et gagner notre avenir ? » Il faudra alors expliquer il I'opinion publique le concept de « laïcité » afın de lever l'ambiguïté qui l'entoure. Cela nécessitera également d'insister sur le fait que ce concept n'entre pas en contradiction avec la religion en tant que telle, mais avec la politisation de la religion.

 

De nos jours donc, nous nous trouvons tous, autant que nous sommes, dans une société imprévisible ou tout est à réviser de fond en comble. Les valeurs sociales se sont détériorées les unes après les autres. Les mots n'ont plus la même signification, les comportements des individus n'ont plus le même sens. Le monde d'il y a un siècle n'a absolument rien à voir avec ce xxıe siècle. Il est exact que les transformations de la société, dans le dernier siècle, étaient de loin beaucoup plus importantes que toutes celles qui se sont succédé au cours des précédents millénaires.

 

Mais contre toute attente, la conjoncture actuelle impose étrangement un profond malaise qui se niche au cœur de notre société. La société actuelle traverse une zone de grandes perturbations et cela s'accompagne d'une forte détérioration des liens sociaux, dans la famille, le travail, les croyances et I'autorité.

 

En dépit des progrès incontestables en termes de niveau de vie au sein des classes aisées, il n'y aurait d'autre voie pour I'espoir que la fuite dans I'individualisme, le consumérisme, la société du spectacle et la comédie du pouvoir, la fuite dans les résurgences identitaires, I'exacerbation des communautarismes culturels, ethniques et religieux, souvent xénophobes et fanatiques. En un mot, la résignation au nouvel ordre du monde

Un monde où il y a des dizaines de millions d'orphelins dont personne ne s'occupe, Des centaines de millions d'humains ne mangent pas a leur faim, Des générations entières de vieillards sont marginalisées et abandonnées a leur sort A une époque ou il ne sera bientôt plus possible de vivre sans maîtriser I'informatique, des centaines de millions de personnes restent analphabètes,

 

Droit à la différence :

 

Il faut d'abord surmonter des obstacles pour sortir des préjugés et de I'ignorance, pour reconnaître ce droit à la différence, même si cette différence fait peur parce qu'elle est un aspect de I'inconnu et de ce fait, nous avons tendance a réagir en la refusant Ce refus peut être culturel, ethnique, social et même biologique et voilà le racisme, Considérons I'autre comme étant un frère, apprenons à aimer notre frère américain, notre frère italien, notre frère français ou allemand et même pourquoi pas notre frère juif, et si cela est impossible, regardons-Ie comme adversaire mais jamais comme ennemi.

 

Il nous faut pour cela mieux connaitre les hommes, dans leur fond commun, par-delà leur diversité, grâce à l'étude de leurs langues, leurs histoires, leurs traditions et leurs sagesses respectives, Pourquoi n'arrivons-nous pas a un universalisme 'lui prend en compte) les singularités de chacun de nous, sans les affiner excessivement pour ne pas réveiller non plus les xénophobies,

 

Si I'on possède une singularité, il faut savoir la conserver et la développer car le droit à la singularité c'est le droit a une langue, à une culture, à une tradition et surtout à une religion. Même les libéraux les plus durs le reconnaissent. Nos liens économiques, culturels, écologiques s'affırment tous les jours davantage, de sorte que I'universalisme s'inscrit de plus en plus dans notre existence. Les spécificités identitaires sont classiques ; la langue, le folklore, l'histoire, la tradition et la religion. Si I'on regarde chez nous, quelle religion du Liban n'a t-elle pas aussi en propre un parler local, un folklore, une histoire? Quelle ville au Liban n'a-t-elle pas des habitants de toute confession ?

 

Droits de l'homme et pensée unique :

 

La pensée unique est le fait permanent de masquer la démocratie, de voir la tyrannie de la majorité s'allier à la tyrannie de I'incompétence. Précisons, pour lever toute ambiguïté; tout avis majoritaire peut désespérer I'avis minoritaire. Celui 'lui est de I'avis majoritaire pense avoir toujours raison ... Parce qu'il est majoritaire !

Or, une opinion majoritaire peut être redoutable si un débat raisonne entre les citoyens n'est pas mené. On peut être majoritaire et être dans le faux et I'oubli du bien commun. De même, la pensée unique impose des évidences en masquant les provenances,

 

Elle est donc le fait de croire que ce qui est mis en commun est vrai parce que c'est mis en commun. La prise en compte de la vérité et de I'insert général est oubliée. La pensée unique est partielle, car elle prend la patrie pour le tout, et fait passer les intérêts particuliers pour I'intérêt général, elle inféode les esprits. On comprend alors que la pensée unique serait I'élément central d'une logique de destitution sur tous les niveaux.

Elle rompt avec la culture héritée du passé, culture générale et politique, grâce à laquelle les citoyens forment leur jugement et rompent avec les préjugés d'une époque. Elle devient en sorte un moteur d'amnésie. Elle réussit à  imposer un discours officiel sur la parité, sans vrai débat ni recul critique. Face à cette pensée unique, qui éteint tout débat contradictoire entre les citoyens et « désœuvre » les esprits, les hommes libres se déclarent attaches aux savoirs, à la tradition, et en cela, luttent contre les dangers de la pensée unique, pour qu'elle ne devienne pas le reflet d'une société qui perd conscience du tout vivant de sa culture. Pour ce faire je citerai Abraham Lincoln : « C'est en gardant le silence alors qu'ils devraient hurler que les hommes deviennent des lâches. »

 

Et la Franc-Maçonnerie ou est-elle dans ce débat ?

 

Cette école de pensée où tout se discute me fait penser ci Socrate qui a ramené à l'homme la conscience de sa propre juridiction car c'est I'homme qui est la mesure de tout, non les dieux.

 

Ce que la Franc-Maçonnerie nous donne comme outils, c'est la liberté, une liberté égale pour vous et pour moi, pour mes conceptions comme pour votre religion, pour ma liberté de penser comme pour votre liberté de pratiquer. Le laïcisme n'est pas I'ennemi de la religion, puisque nous la voulons assurée, libre et inviolable.

 

Le vrai Maçon est un citoyen du monde, tout en gardant ses singularités mais en oeuvrant pour toujours donner plus de contenu concret au concept d'humanité qui émerge, par essais successifs, de l'expérience internationale, qu'il s'agisse du patrimoine de I'humanité, de son histoire et de ses traditions.

 

Je viserais ainsi à répondre au besoin de donner un sens  à l’existence humaine et à celui de renforcer sa singularité et I'univers alite qui est la marque même de notre honorable confrérie; c'est la victoire de la raison sur I'obscurantisme. Mais dans la vie de chaque homme vient un moment ou pour dire simplement, ceci est noir et ceci est blanc, il faut payer très cher. Ce peut être le prix de la vie.

 

La Franc-Maçonnerie est la seule école de pensée qui puisse, sans préjuger des réponses fournies, apprendre à poser les grandes questions que l'homme doit se poser à lui-même.

 

Dans l'aboutissement actuel de sa tradition, elle n'a plus pour but de fournir des réponses, de donner des ordres et de dresser des plans: essentiellement elle a pour tache d'apprendre à penser. Apprendre à penser : voici bien ce dont I'homme contemporain a le plus besoin. Elle a donc aujourd'hui plus que jamais un rôle à jouer. Dans le désarroi général au moins pourrait-elle indiquer comment chercher un sens à la vie.

 

Dans ce rassemblement international qui nous réunit chaque année nous devrons faire l'effort de nous mettre davantage à la portée du grand public pour aider I'homme contemporain à penser et se trouver ensuite lui-même un sens à la vie.

 

Mais pourquoi ne serait-ce pas possible ? Il y a bien d'autres associations, voire des sectes plus que douteuses qui y arrivent !

 

A quoi servirait un tel rassemblement qui ne serait susceptible d'aucune application pratique dans la vie des hommes ?

 

J'ai dit

 

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