Montreal/2006

Thème : De la Théorie à la Pratique

La spécificité maçonnique, c'est le langage universel du symbole, qui renforce les liens et la compréhension par-delà les siècles et les mers, et mène a la découverte des vérités essentielles.

Cette spécificité en fait non seulement un monument de haute valeur intellectuelle, mais surtout une lutte contre la vanité, l'orgueil, nous mène à la croyance en une suprématie.

 

La démarche spéculative permet un cheminement fructueux en soi, une remise en question, un doute générateur d'amélioration, un enrichissement conscient et inconscient.

 

Mais que de pierres à tailler le long du chemin.

 

Pic de La Mirandole a écrit :

«Je ne t'ai donne ni visage, ni place qui te soient propres, ni aucun don qui te soit particulier. Ô Adam, afin que ton visage, ta place et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possède par toi-même ... Toi, que ne limite aucune borne, par ton libre arbitre entre dans les mains duquel je t'ai place, tu te définis toi-même.»

 

Cette démarche spéculative, si elle est faite avec honnêteté et avec amour, peut au fıl des ans, devenir une œuvre au rouge, incandescente, rayonnante, qui transforme le métal intérieur brut en or pur, débarrassé de toutes les scories qui l’empêchent de s'élever vers l’idéal.

 

Cette voie a amené des Frères à contribuer au bien-être de l'humanité. Citons :

 

Condorcet, qui se battait pour améliorer le sort des femmes, des esclaves, des protestants, pour faire abolir la peine de mort. Il fut également l'auteur d'un rapport suivi d'un projet de Décret sur l’Instruction publique, qu'il voulait autonome ;

 

Henri Dunan créa cette œuvre toute de fraternité qu'est la Croix-Rouge ;

 

Et, dans un tout autre registre, Coluche, qui, avec ses «Restos du cœur » tendit la main aux plus déshérités, oubliés de la société de consommation.

 

Ils ont traduit en actes nos principes de « liberté - Egalité - Fraternité ».

Ils ont longuement taillé leur pierre, et leur action dans le monde profane n'est que la resu1tante obligatoire et la pointe visible de l'iceberg.

 

De la théorie a la pratique pose le problème de savoir ou la Franc-maçonnerie, celle que nous pratiquons actuellement, puise ses origines dans la Franc-maçonnerie opérative, celle des constructeurs des cathédrales, parce que pour nos symboles, nous avons pris les outils et les techniques utilisées par nos prédécesseurs, les Francs-maçons opératifs, pour construire cette fois-ci, notre temple intérieur et une humanité où  l'homme est au centre de tout, une humanité où il fait bon vivre.

 

Comment l'entité maçonnique pourrait-elle rester insensible à la dégradation du tissu social par prolifération des drames pluridimensionnels, dus à la crise économique déferlante et ravageuse ?

 

Certaines obédiences ont dès lors, choisi, surtout la voie opérative et soutiennent des initiatives sociales qui viennent en aide aux personnes en situation de précarité. Elles en font le sujet de planches présentées en Loge, sans pour autant, balayer le spéculatif. D'autres ont choisi essentiellement la voie spéculative pour, a travers l'initie, changer le monde.

 

La Franc-maçonnerie gagne à avoir un double visage, où l'opératif et le spéculatif se marient harmonieusement, avec pour fil conducteur le bonheur et l'épanouissement de tout un chacun, car nous ne pouvons, nous, abstraire, yeux et mains fermes devant les drames. Toutefois, si cet engagement opératif devenait l’unique finalité de la FM, cette dernière verrait se diluer son essence et son harmonie.

 

Des lors, au sein des obédiences purement spéculatives, une réflexion en Loge, pendant 5 minutes et concernant l'actualité sans couleur politique, mais avec une portée maçonnique susceptible de chatoui11er les consciences de ceux qui se sont enfouis au creux de leur confortable cocon.

 

Pratiquons, comme écrit Montaigne: «Il faut ménager la liberté de notre âme et ne l'hypothéquer qu’aux occasions justes, lesquelles sont en bien petit nombre. »

 

De la théorie à la pratique dit pourquoi nous sommes rassemblées dans le temple. Sans doute, a cause de l'engagement que nous avons conclu un jour vis-à-vis de nous-même et de nos SS pour suivre un long chemin ardu, suivant une ligne pas toujours droite.

 

Un secret nous lie désormais, car nous dit Jankélévitch : « il n'y a pas de secret s'il n'y a pas de communion dans le secret. » et il ajoute : « s'il y a secret il y a confidence, c'est-à-­dire, confiance. »

 

Le double visage du secret, fermé au-dehors, ouvert au-dedans, entraîne une certaine complicité pour ceux qui en sont porteurs. C'est notre force et notre union sur quoi nous devons nous appuyer.

 

Toutes actions en Loge, toutes les planches que nous y pressentons doivent nous permettre de nous guider, cultiver en nous la vraie fraternité, et développer entre nous plus d'amour et de solidarité, et surtout favoriser le perfectionnement des SS, et tendre vers l'amélioration des conditions de vie de la société.

 

« Poursuivons au-dehors l'œuvre commencée dans le Temple ! » J'ai dit.

 

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