
Le CLIPSAS, 45 ans,
bilan et perspectives
1 Rappel historique
Un petit rappel
historique de ces 45 ans n’est pas inutile, période durant laquelle
beaucoup de FF.˙. et de SS.˙. du G.˙. O.˙. L.˙. se sont investis.
Revenons donc à ce 22 janvier 1961, dont datent la Proclamation et
l’Appel de Strasbourg. La Proclamation exprime le Credo de diverses
Obédiences dans une F.˙. M.˙. tenant compte de réalités nouvelles.
Est aussi lancé un Appel aux FF.˙. Maç.˙. à constituer une Chaîne
d’union fondée sur une totale liberté de conscience et une parfaite
tolérance mutuelle.
Lorsque le
G.˙. O.˙. D.˙. F.˙. et le G.˙. O.˙. B.˙. prennent cette initiative,
les deux Obédiences le font à la fois pour :
-contrer l’influence de
la Grande Loge Unie d’Angleterre derrière l’imposition des
“landmarks” qui définissent ce qu’elle appelle la “Régularité”, avec
les exclusives qui en découlent, mais aussi
-promouvoir l’idée
d’une Maç.˙. adogmatique et libérale qui soit conforme à leur propre
pratique et soit progressive.
Les ambitions de départ
étaient donc modestes comme le montre le bref texte de l’Appel de
Strasbourg (rejet des exclusives contraires aux principes des
Constitutions d’Anderson de 1723, affirmation de la liberté absolue
de conscience, liberté de travail avec ou sans le Livre Sacré d’une
religion révélée, ouverture des LL.˙. à tout initié). Cette démarche
trouvera une forme d’aboutissement avec l’ouverture du CLIPSAS à des
Obédiences comptant des SS.˙..
Il y avait donc chez
les Maç.˙. la volonté de réunir ce qui est épars et un désir
constant de créer une Chaîne d’union universelle permettant de
rassembler tous les Maç.˙. de tous les Orients présents à la surface
du Globe. Dès l’apparition de la Maç.˙. spéculative, se sont réunis,
par des jumelages de LL.˙. ou des déplacements, les maillons de
cette Chaîne d’union universelle, bien avant que ne soient envisagés
des liens entre Obédiences. Les F.˙. M.˙. ont fait preuve d’une
imagination débordante pour créer des structures visant à rassembler
les F.˙. Maç.˙.. Quasiment toutes ces tentatives ont finalement
échoué. Excepté le CLIPSAS, on peut admettre que trois qui ont
réussi à naviguer au travers des écueils :
-la Conférence des
Puissances Maçonniques Africaines et malgaches ou CPMAM,
-la structure des SS.˙.
(Centre de Liaison International de la Maçonnerie Féminine ou
CLIMAF), et
-la Confédération
Interaméricaine de Maçonnerie Symbolique(CIMAS).
2 Premier bilan
2.1 L’abandon des
principes
Si l’on devait se
limiter à la question de la présence des fondateurs du CLIPSAS dans
cette structure 45 ans plus tard, on pourrait dire que le bilan
n’est pas terrible. Mais pour qui ce bilan est-il désastreux? Est-ce
vraiment pour le CLIPSAS ou pour ceux qui s’en sont retirés?
Quelle gloire y-a-t-il
-à renoncer à la
tolérance mutuelle,
-à pratiquer
allègrement le pouvoir pour le pouvoir alors que les F.˙. M.˙.
devraient privilégier le concept d’autorité,
- à ne pouvoir laisser
le casque colonial à la maison lorsqu’on s’en va au loin, et
-à emprunter la voie de
la médiocrité.
Que penser des
arguments avancés par certains fondateurs pour justifier leur
retrait du CLIPSAS et leur non-retour. C’est, probablement, un
F.˙. membre du groupe “Metallica”, qui a prétendu que c’étaient ceux
qui payaient qui décidaient. Dans le monde profane, probablement.
Mais en F.˙. M.˙., la question se pose-t-elle en de tels termes?
Comme dans le cas des
ouailles du Vatican qui sont désormais majoritairement en Amérique
latine, et non plus en Europe, certains Européens peuvent admettre
difficilement le développement de la F.˙. M.˙. en dehors de leur
giron.
Quant à la présence de
ces Obédiences vaudoues qui auraient investi le CLIPSAS, il est à
craindre que l’argumentation ne soit aussi facile que pauvre au plan
des idées. Et si c’était la Mixité leur faisait peur.
2.2 A contrario
Le CLIPSAS reste une
tentative d’unifier ce qui est épars. C’est donc l’une des rares à
avoir une existence réelle et depuis plus de 40 ans. Ce n’est pas si
mal de voir qu’une fois par an, une cinquantaine d’obédiences
arrivent à se parler et à communiquer.
Comme dans d’autres
cas, le vrai intérêt du CLIPSAS, c’est la possibilité d’un véritable
travail maç.˙. car le colloque se rapproche au plus près possible du
travail mené durant une tenue. Et si toutes ces instances
constituées de, et par des Obédiences européennes, avaient échoué
lamentablement les unes après les autres pour une raison banale,
leur caractère plus profane que maç.˙. car l’on n’y a pas fait un
travail maç.˙. pour l’intérieur et l’extérieur.
A contrario, cela
marche bien mieux quand des dirigeants des Obédiences se rencontrent
non pour se dire qu’ils sont beaux, mais pour pratiquer
authentiquement l’Art Royal. On relèvera que, dans nombre de cas,
les visiteurs éminents de notre Convent ont assisté physiquement
aux Rencontres européennes de Luxembourg. Divine surprise. Ils font
encore de la Maç.˙.. Le CLIPSAS n’est heureusement pas le seul
exemple de ce type. On peut parler aussi des REHFRAM qui sont
organisées par la CPMAM ou d’autres manifestations auxquelles nous
avons participé.
2.3 Pourquoi ce bilan
qui reste néanmoins très modeste?Au delà de la cordonnite,
sous-jacente, ici comme ailleurs, au lancement de telles
initiatives, des obstacles réels s’opposent à ce que le bilan puisse
être plus flatteur.
Une Obédience n’est
qu’une machinerie administrative “profane” destinée à mettre à
disposition des FF.˙. et des SS.˙. des bâtiments profanes et
permettre à tout F.˙. M.˙. de savoir qui est qui. L’accroissement
des effectifs en a fait des navires ingouvernables. A la rigueur,
une Obédience peut modestement tenter de propager des valeurs maç.˙.
à l’extérieur.
Les rencontres
bilatérales offrent certainement la possibilité de se connaître,
mais, faute d’une préparation adéquate, sont insuffisantes pour un
débat sérieux et approfondi, ne permettent pas de parler au nom
d’une collectivité et ne constituent le plus souvent qu’un médiocre
outil pour l’action. En salle humide, les travaux se poursuivent.
Ils n’y débutent pas. Rassembler ce qui est épars, c’est la fonction
de la L:. qui est, et restera, cette première et seule possibilité.
Restons lucides. D’un
côté, beaucoup de FF.˙. et SS.˙. en demandent plus aux Obédiences.
C’est que se trouve posé aujourd’hui de façon aiguë la question des
valeurs dans une ou des Sociétés où nos valeurs sont minoritaires,
voire absentes dans le monde profane.
Oui, mais déjà dans nos
LL:., les FF:. et SS: ne sont pas forcément volontaires à
s’extérioriser et à participer à des travaux dans le monde profane,
voir la participation aux Rencontres européennes de Luxembourg des
FF.˙. et SS.˙. de l’Obédience. Sont-ils d’accord avec l’idée que
quelqu’un, a fortiori une collectivité, puisse s’exprimer en leur
nom? Ne s’estiment-ils pas seuls habilités à le faire en pensant que
c’est par l’exemple que nous transmettons aux profanes nos valeurs?
Cela limite forcément nos ambitions sans parler de différences
culturelles. Les FF:. et les SS:. restent des êtres humains; ce ne
sont pas des demi-dieux.
Si l’intérêt du
CLIPSAS, c’est d’échanger avec les FF:. et SS:. de la planète,
partager avec les autres FF.˙. et SS.˙. le bénéfice d’une rencontre
et d’un travail maç.˙. est nécessaire, mais n’est pas chose aisée.
Encore une fois, la F.˙. M.˙., c’est le travail en L.˙.,
c’est-à-dire beaucoup plus que le simple texte d’une pl.˙. et les
mots qui y figurent. Beaucoup, si ce n’est l’essentiel, va être
perdu. Mais revenir de Santiago ou de Porto sans rien en dire, n’est
pas maç.˙.. Si des FF.˙. et des SS.˙. réfléchissent sur un thème, si
l’Obédience produit une contribution, faut-il encore avoir un
retour sur ce que les autres ont dit. La réponse “Internet” est
facile, trop facile. Faire percevoir et comprendre l’intérêt de se
rencontrer ainsi n’est pas aisé, même chez les FF.˙. et SS.˙.
ouverts d’esprit.
3. Perspectives /
Comment mieux réunir ce qui est épars?
Pour s’ouvrir sur
l’autre, la F.˙. M.˙. luxembourgeoise a deux possibilités dont
aucune ne constitue une solution idéale:
-l’appartenance à une
structure multilatérale, ce qui nous permet d’assurer la propagation
de nos idéaux au mieux de nos possibilités, d’où notre participation
au CLIPSAS. C’est le choix que font, pour l’essentiel, des
Obédiences petites et moyennes. Mais le “multilatéral” peut être
synonyme d’immobilisme (voir l’efficacité toute relative du texte
signé en Avril 2004 à Bruxelles dans le cadre de l’EME déjà moribond
sur la position de la F.˙. M.˙. vis-à-vis de l’Article 51 du projet
avorté de Constitution européenne).
-la seconde possibilité
consiste à nouer des relations bilatérales. C’est ce type de
coopération que préfèrent évidemment les Grandes Obédiences. Les
comportements en F.˙. M.˙. diffèrent parfois peu de ceux du monde
profane. Le G.˙. O.˙. L.˙. lui aussi noue des contacts bilatéraux.
Il participe aux habituelles tenues de clôture de Convent, mais
n’est-ce pas un service minimum?
Avoir des relations
avec l’autre, quel que soit le cadre, est-ce pour autant avoir une
ambition pour la F.˙. M.˙. dans le Monde? Examinons donc enfin les
défis redoutables que pose l’existence d’une Maç.˙. mondiale et
notre participation. Il y en a au moins sept.
Le premier défi est
sûrement de laisser les métaux à la porte du T.˙.. Inutile de
revenir sur les événements de 1996.
Le deuxième défi est de
rendre moins lointain ce CLIPSAS qui ne dit rien aux FF.˙. et SS.˙.
de nos Obédiences. Ce n’est pas une sorte d’OVNI, une Obédience
Visiblement Non Identifiable. Cela existe. Convaincre de l’utilité
d’un travail maç.˙. au plan mondial qui viendrait s’ajouter aux
autres travaux est peut-être plus le devoir des Obédiences que celui
du CLIPSAS.
Le troisième défi est
de garantir à tous la présence dans l’Association des seules
Obédiences authentiquement maç.˙.. C’est un défi considérable du
fait des kilomètres et des contextes socio-politiques qui les
séparent les unes des autres. Est-il vraiment impossible à des
F.˙. M.˙. d’allier Rigueur et Tolérance pour s’assurer la
reconnaissance de l’autre et s’insérer dans une démarche d’ouverture
sur l’autre, l’étranger lointain, afin de tenter d’être
d’authentiques Maç.˙.. C’est peut-être pour nous, Maç.˙. européens,
que le bilan est le plus terrible car nous sommes le principal
problème d’une Maç.˙. mondiale.
Le quatrième défi est
de dégager des moyens financiers de réunir ce qui est épars à
l’échelle du Globe car cela a un coût sonnant et trébuchant et peut
impliquer de choisir ses priorités. De fait, trois Obédiences
européennes ont indiqué rencontrer des difficultés à financer ce
type de dépenses dont l’utilité n’apparaît pas évidente pour le
commun des FF.˙. et SS.˙..
Le cinquième défi est
de faire face à une ambition alors que la F.˙. M.˙. s’est endormie
au cours des dernières années et est minée par les difficultés
internes aux Obédiences.
Le sixième défi tient à
la difficulté congénitale des Maç.˙. à agir dans le monde profane au
plan institutionnel.
Le septième défi est
donc de vaincre toutes ces difficultés en constituant une ouverture
efficace de la F.˙. M.˙. mondiale sur le monde.
4. Essai de conclusion
Réussir le pari d’une
F.˙. M.˙. mondiale était, à l’évidence, difficile après les
événements de 1996. Éviter dans l’urgence que le bateau ne fasse
naufrage, interdit de se demander ce que peut être le contenu et
quel intérêt a le CLIPSAS pour la F.˙. M.˙. dans le monde et pour le
monde? On remarquera d’une certaine manière que le CLIPSAS n’est
pour rien, ou plutôt est pour tout, dans l’échec d’autres tentatives
qui n’ont attiré personne en dehors de leurs fondateurs. Comme le
CLIPSAS apparaît comme sorti des turbulences, revient le temps des
projets de développement.
Idéalement, le CLIPSAS
devrait d’être, dans le monde profane, l’expression de la F.˙. M.˙.,
des forces morales qu’il représente au nom de la Chaîne d’union
universelle en tant qu’observateur, que ce soit au Conseil de
l’Europe ou aux Nations unies. Jusqu’ici, la constitution d’une
Fondation “CLIPSAS” permettant de renforcer et rendre visible nos
actions de solidarité que nous pratiquons peut-être de manière trop
discrète.
Annexe
Pour mémoire, une
courte liste d’autres tentatives d’unifier ce qui est épars
Une Association
Maçonnique Internationale ou AMI a été créée à Genève dès 1921 et
dissoute en 1950 par le Gr.˙. M.˙. de la G.˙. L.˙. Alpina .
La Ligue Universelle
Des Francs-Maçons (LUF),
L’obscure Association
Fraternelle des Puissances Maçonniques créée en 1954 ne mérite
d’être citée que comme initiative déjà commune au
G.˙. O.˙. D.˙. F.˙. et au G.˙. O.˙. B.˙..
L’Association
Maçonnique Intercontinentale Libérale ou AMIL,
Le fantomatique
Rassemblement Maç.˙. Universel ou RMU destiné à jeter un pont vers
les Obédiences dites régulières,
Le Secrétariat
International Maçonnique des Puissances Adogmatiques ou SIMPA,
et le plus récent en
date, l’Espace Maçonnique Européen ou EME.
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