Porto/2007

 

 

 

 

 

 

Le CLIPSAS, 45 ans, bilan et perspectives

1 Rappel historique

Un petit rappel historique de ces 45 ans n’est pas inutile, période durant laquelle beaucoup de FF.˙. et de SS.˙. du G.˙. O.˙. L.˙. se sont investis. Revenons donc à ce 22 janvier 1961, dont datent la Proclamation et l’Appel de Strasbourg. La Proclamation exprime le Credo de diverses Obédiences dans une F.˙. M.˙. tenant compte de réalités nouvelles. Est aussi lancé un Appel aux FF.˙. Maç.˙. à constituer une Chaîne d’union fondée sur une totale liberté de conscience et une parfaite tolérance mutuelle.

Lorsque le G.˙. O.˙. D.˙. F.˙. et le G.˙. O.˙. B.˙. prennent cette initiative, les deux Obédiences le font à la fois pour :

-contrer l’influence de la Grande Loge Unie d’Angleterre derrière l’imposition des “landmarks” qui définissent ce qu’elle appelle la “Régularité”, avec les exclusives qui en découlent, mais aussi

-promouvoir l’idée d’une Maç.˙. adogmatique et libérale qui soit conforme à leur propre pratique et soit progressive.

Les ambitions de départ étaient donc modestes comme le montre le bref texte de l’Appel de Strasbourg (rejet des exclusives contraires aux principes des Constitutions d’Anderson de 1723, affirmation de la liberté absolue de conscience, liberté de travail avec ou sans le Livre Sacré d’une religion révélée, ouverture des LL.˙. à tout initié). Cette démarche trouvera une forme d’aboutissement avec l’ouverture du CLIPSAS à des Obédiences comptant des SS.˙..

Il y avait donc chez les Maç.˙. la volonté de réunir ce qui est épars et un désir constant de créer une Chaîne d’union universelle permettant de rassembler tous les Maç.˙. de tous les Orients présents à la surface du Globe. Dès l’apparition de la Maç.˙. spéculative, se sont réunis, par des jumelages de LL.˙. ou des déplacements, les maillons de cette Chaîne d’union universelle, bien avant que ne soient envisagés des liens entre Obédiences. Les F.˙. M.˙. ont fait preuve d’une imagination débordante pour créer des structures visant à rassembler les F.˙. Maç.˙.. Quasiment toutes ces tentatives ont finalement échoué. Excepté le CLIPSAS, on peut admettre que trois qui ont réussi à naviguer au travers des écueils :

-la Conférence des Puissances Maçonniques Africaines et malgaches ou CPMAM,

-la structure des SS.˙. (Centre de Liaison International de la Maçonnerie Féminine ou CLIMAF), et

-la Confédération Interaméricaine de Maçonnerie Symbolique(CIMAS).

2 Premier bilan

2.1 L’abandon des principes

Si l’on devait se limiter à la question de la présence des fondateurs du CLIPSAS dans cette structure 45 ans plus tard, on pourrait dire que le bilan n’est pas terrible. Mais pour qui ce bilan est-il désastreux? Est-ce vraiment pour le CLIPSAS ou pour ceux qui s’en sont retirés?

Quelle gloire y-a-t-il

-à renoncer à la tolérance mutuelle,

-à pratiquer allègrement le pouvoir pour le pouvoir alors que les F.˙. M.˙. devraient privilégier le concept d’autorité,

- à ne pouvoir laisser le casque colonial à la maison lorsqu’on s’en va au loin, et

-à emprunter la voie de la médiocrité.

Que penser des arguments avancés par certains fondateurs pour justifier leur retrait du CLIPSAS et leur non-retour. C’est, probablement, un F.˙. membre du groupe “Metallica”, qui a prétendu que c’étaient ceux qui payaient qui décidaient. Dans le monde profane, probablement. Mais en F.˙. M.˙., la question se pose-t-elle en de tels termes?

Comme dans le cas des ouailles du Vatican qui sont désormais majoritairement en Amérique latine, et non plus en Europe, certains Européens peuvent admettre difficilement le développement de la F.˙. M.˙. en dehors de leur giron.

Quant à la présence de ces Obédiences vaudoues qui auraient investi le CLIPSAS, il est à craindre que l’argumentation ne soit aussi facile que pauvre au plan des idées. Et si c’était la Mixité leur faisait peur.

2.2 A contrario

Le CLIPSAS reste une tentative d’unifier ce qui est épars. C’est donc l’une des rares à avoir une existence réelle et depuis plus de 40 ans. Ce n’est pas si mal de voir qu’une fois par an, une cinquantaine d’obédiences arrivent à se parler et à communiquer.

Comme dans d’autres cas, le vrai intérêt du CLIPSAS, c’est la possibilité d’un véritable travail maç.˙. car le colloque se rapproche au plus près possible du travail mené durant une tenue. Et si toutes ces instances constituées de, et par des Obédiences européennes, avaient échoué lamentablement les unes après les autres pour une raison banale, leur caractère plus profane que maç.˙. car l’on n’y a pas fait un travail maç.˙. pour l’intérieur et l’extérieur.

A contrario, cela marche bien mieux quand des dirigeants des Obédiences se rencontrent non pour se dire qu’ils sont beaux, mais pour pratiquer authentiquement l’Art Royal. On relèvera que, dans nombre de cas, les visiteurs éminents de notre Convent ont assisté physiquement aux  Rencontres européennes de Luxembourg. Divine surprise. Ils font encore de la Maç.˙.. Le CLIPSAS n’est heureusement pas le seul exemple de ce type. On peut parler aussi des REHFRAM qui sont organisées par la CPMAM ou d’autres manifestations auxquelles nous avons participé.

2.3 Pourquoi ce bilan qui reste néanmoins très modeste?Au delà de la cordonnite, sous-jacente, ici comme ailleurs, au lancement de telles initiatives, des obstacles réels s’opposent à ce que le bilan puisse être plus flatteur.

Une Obédience n’est qu’une machinerie administrative “profane” destinée à mettre à disposition des FF.˙. et des SS.˙. des bâtiments profanes et permettre à tout F.˙. M.˙. de savoir qui est qui. L’accroissement des effectifs en a fait des navires ingouvernables. A la rigueur, une Obédience peut modestement tenter de propager des valeurs maç.˙. à l’extérieur.

Les rencontres bilatérales offrent certainement la possibilité de se connaître, mais, faute d’une préparation adéquate, sont insuffisantes pour un débat sérieux et approfondi, ne permettent pas de parler au nom d’une collectivité et ne constituent le plus souvent qu’un médiocre outil pour l’action. En salle humide, les travaux se poursuivent. Ils n’y débutent pas. Rassembler ce qui est épars, c’est la fonction de la L:. qui est, et restera, cette première et seule  possibilité.

Restons lucides. D’un côté, beaucoup de FF.˙. et SS.˙. en demandent plus aux Obédiences. C’est que se trouve posé aujourd’hui de façon aiguë la question des valeurs dans une ou des Sociétés où nos valeurs sont minoritaires, voire absentes dans le monde profane.

Oui, mais déjà dans nos LL:., les FF:. et SS: ne sont pas forcément volontaires à s’extérioriser et à participer à des travaux dans le monde profane, voir la participation aux Rencontres européennes de Luxembourg des FF.˙. et SS.˙.  de l’Obédience. Sont-ils d’accord avec l’idée que quelqu’un, a fortiori une collectivité, puisse s’exprimer en leur nom? Ne s’estiment-ils pas seuls habilités à le faire en pensant que c’est par l’exemple que nous transmettons aux profanes nos valeurs? Cela limite forcément nos ambitions sans parler de différences culturelles. Les FF:. et les SS:. restent des êtres humains; ce ne sont pas des demi-dieux.

Si l’intérêt du CLIPSAS, c’est d’échanger avec les FF:. et SS:. de la planète, partager avec les autres FF.˙. et SS.˙. le bénéfice d’une rencontre et d’un travail maç.˙. est nécessaire, mais n’est pas chose aisée. Encore une fois, la F.˙. M.˙., c’est le travail en L.˙., c’est-à-dire beaucoup plus que le simple texte d’une pl.˙. et les mots qui y figurent. Beaucoup, si ce n’est l’essentiel, va être perdu. Mais revenir de Santiago ou de Porto sans rien en dire, n’est pas maç.˙.. Si des FF.˙. et des SS.˙. réfléchissent sur un thème, si l’Obédience produit une contribution, faut-il encore avoir  un retour sur ce que les autres ont dit. La réponse “Internet” est facile, trop facile. Faire percevoir et comprendre l’intérêt de se rencontrer ainsi n’est pas aisé, même chez les FF.˙. et SS.˙. ouverts d’esprit.

3. Perspectives / Comment mieux réunir ce qui est épars?

Pour s’ouvrir sur l’autre, la F.˙. M.˙. luxembourgeoise a deux possibilités dont aucune ne constitue une solution idéale:

-l’appartenance à une structure multilatérale, ce qui nous permet d’assurer la propagation de nos idéaux au mieux de nos possibilités, d’où notre participation au CLIPSAS. C’est le choix que font, pour l’essentiel, des Obédiences petites et moyennes. Mais le “multilatéral” peut être synonyme d’immobilisme (voir l’efficacité toute relative du texte signé en Avril 2004 à Bruxelles dans le cadre de l’EME déjà moribond sur la position de la F.˙. M.˙. vis-à-vis de l’Article 51 du projet avorté de Constitution européenne).

-la seconde possibilité consiste à nouer des relations bilatérales. C’est ce type de coopération que préfèrent évidemment les Grandes Obédiences. Les comportements en F.˙. M.˙. diffèrent parfois peu de ceux du monde profane. Le G.˙. O.˙. L.˙. lui aussi noue des contacts bilatéraux. Il participe aux habituelles tenues de clôture de Convent, mais n’est-ce pas un service minimum?

Avoir des relations avec l’autre, quel que soit le cadre, est-ce pour autant avoir une ambition pour la F.˙. M.˙. dans le Monde? Examinons donc enfin les défis redoutables que pose l’existence d’une Maç.˙. mondiale et notre participation. Il y en a au moins sept.

Le premier défi est sûrement de laisser les métaux à la porte du T.˙..  Inutile de revenir sur les événements de 1996.

Le deuxième défi est de rendre moins lointain ce CLIPSAS qui ne dit rien aux FF.˙. et SS.˙. de nos Obédiences. Ce n’est pas une sorte d’OVNI, une Obédience Visiblement Non Identifiable. Cela existe. Convaincre de l’utilité d’un travail maç.˙. au plan mondial qui viendrait s’ajouter aux autres travaux est peut-être plus le devoir des Obédiences que celui du CLIPSAS.

Le troisième défi est de garantir à tous la présence dans l’Association des seules Obédiences authentiquement maç.˙.. C’est un défi considérable du fait des kilomètres et des contextes socio-politiques qui les séparent les unes des autres. Est-il vraiment impossible à des F.˙. M.˙. d’allier Rigueur et Tolérance pour s’assurer la reconnaissance de l’autre et s’insérer dans une démarche d’ouverture sur l’autre, l’étranger lointain, afin de tenter d’être d’authentiques Maç.˙.. C’est peut-être pour nous, Maç.˙. européens, que le bilan est le plus terrible car nous sommes le principal problème d’une Maç.˙. mondiale.

Le quatrième défi est de dégager des moyens financiers de réunir ce qui est épars à l’échelle du Globe car cela a un coût sonnant et trébuchant et peut impliquer de choisir ses priorités. De fait, trois Obédiences européennes ont indiqué rencontrer des difficultés à financer ce type de dépenses dont l’utilité n’apparaît pas évidente pour le commun des FF.˙. et SS.˙..

Le cinquième défi est de faire face à une ambition alors que la F.˙. M.˙. s’est endormie au cours des dernières années et est minée par les difficultés internes aux Obédiences.

Le sixième défi tient à la difficulté congénitale des Maç.˙. à agir dans le monde profane au plan institutionnel.

Le septième défi est donc de vaincre toutes ces difficultés en constituant une ouverture efficace de la  F.˙. M.˙. mondiale sur le monde.

4. Essai de conclusion

Réussir le pari d’une F.˙. M.˙. mondiale était, à l’évidence, difficile après les événements de 1996. Éviter dans l’urgence que le bateau ne fasse naufrage, interdit de se demander ce que peut être le contenu et quel intérêt a le CLIPSAS pour la F.˙. M.˙. dans le monde et pour le monde? On remarquera d’une certaine manière que le CLIPSAS n’est pour rien, ou plutôt est pour tout, dans l’échec d’autres tentatives qui n’ont attiré personne en dehors de leurs fondateurs. Comme le CLIPSAS apparaît comme sorti des turbulences, revient le temps des projets de développement.

Idéalement, le CLIPSAS devrait d’être, dans le monde profane, l’expression de la F.˙. M.˙., des forces morales qu’il représente au nom de la Chaîne d’union universelle en tant qu’observateur, que ce soit au Conseil de l’Europe ou aux Nations unies. Jusqu’ici, la constitution d’une Fondation “CLIPSAS” permettant de renforcer et rendre visible nos actions de solidarité que nous pratiquons peut-être de manière trop discrète.

                                                                                                                                       

Annexe

Pour mémoire, une courte liste d’autres tentatives d’unifier ce qui est épars

Une Association Maçonnique Internationale ou AMI a été créée à Genève dès 1921 et dissoute en 1950 par le Gr.˙. M.˙. de la G.˙. L.˙. Alpina .

La Ligue Universelle Des Francs-Maçons (LUF),

L’obscure Association Fraternelle des Puissances Maçonniques créée en 1954 ne mérite d’être citée que comme initiative déjà commune au G.˙. O.˙. D.˙. F.˙. et au G.˙. O.˙. B.˙..

L’Association Maçonnique Intercontinentale Libérale ou AMIL,

Le fantomatique Rassemblement Maç.˙. Universel ou RMU destiné à jeter un pont vers les Obédiences dites régulières,

Le Secrétariat International Maçonnique des Puissances Adogmatiques ou SIMPA,

et le plus récent en date, l’Espace Maçonnique Européen ou EME.

 

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